NOTE DE LA RÉDACTRICE : Ce texte structuré et complet fait partie des notes manuscrites de Noël. Non daté, écrit sur des fiches cartonnées, il a vraisemblablement été écrit dans les années 70 pour un exposé.
Le but des maquis est de permettre de subsister et conserver leur liberté à des gens recherchés par les Allemands ou la police pour leurs actions dans la Résistance ou pour leur refus du STO. La plupart sont organisés par les mouvements de Résistance MUR ou FTP ; mais certains sont montés par des gens hardis qui n’ont pas ou peu de liaisons avec la Résistance, et prennent contact après.
Dans la région, les premiers maquis apparaissent au printemps 43, au moment où on appelle les jeunes au STO, puis deviennent très nombreux vers l’été 1943. Ils se raréfient en hiver 43-44, dû à un hiver rigoureux et surtout aux terribles attaques allemandes de décembre 43 : on a alors de très petits maquis disséminés un peu partout, qui se tiennent cachés, de 3-4 hommes. De mai 44 à la Libération, les maquis deviennent de plus en plus nombreux, et sont constitués militairement en troupes armées en vue de l’insurrection contre les Allemands.
< L’implantation d’un maquis nécessite :
1- Un travail de prospection pour trouver un endroit sûr, fait par des membres de la résistance. Dans la région, cette prospection a commencé dès octobre 42. Dans des lieux éloignés des grandes villes, des régions peu peuplées ou accidentées, il faut trouver des maisons abandonnées, vieilles fermes, vieux moulins, cabanes forestières…, isolés de préférence. Ceci pour qu’il y ait davantage de sécurité : les expéditions allemandes mettent plus longtemps à arriver, et peuvent être signalées si le service de renseignement fonctionne (alertes données par messager ou téléphone, en code ou en clair). Et aussi pour qu’il y ait moins de risques de représailles pour la population. Les régions boisées sont plus sûres, la retraite étant plus facile et rapide ; les Allemands entrent peu dans les bois et se contentent souvent de patrouiller dans les allées forestières. En été, ce peut être aussi dans des camps sous tente de l’armée, ou cabanes en branchage dans les forêts ou en bordure.
2- La mise en place d’un bon réseau autour du maquis, en liaison avec des membres locaux de la Résistance, avec
• les possibilités de ravitaillement chez des paysans ou commerçants favorables
• les liaisons nécessaires pour recevoir du courrier, contacter un médecin…
• les renseignements nécessaires à la sécurité : connaissance des gens hostiles ou dangereux, qui collaborent avec les Allemands et pourraient dénoncer les maquis ; connaissance des gens favorables, surtout chez les Maires, Gendarmes, PTT…, qui peuvent donner des renseignements ou l’alerte en cas d’attaque allemande.
3- Des possibilités de repli en cas d’alerte, qui doivent avoir été étudiées à l’avance, pour un repli im- médiat ou un repli lointain.
4- Un commandement reconnu.
< Le fonctionnement d’un maquis demande :
Un chef responsable devant l’organisation et un chef adjoint en remplacement éventuel.
Un trésorier économe qui gère les fonds, un cuisinier.
La sécurité, très importante, avec un tour de garde assuré jour et nuit (des maquis furent pris parce que ce tour de garde fastidieux à la longue n’était pas assuré), un système d’alerte en liaison avec l’organisation et les résistants locaux.
Le ravitaillement indispensable
sur place : eau potable à proximité, achats aux paysan (pommes de terre, pain, viande, choux, ha- ricots, etc..) ou achetés aux commerçants (boulangers, meuniers, bouchers) ou parfois donnés par des sympathisants,
ou fourni par l’organisation qui prend ravitaillement ou tickets d’alimentation lors de coups de main : dans les stocks allemands, trains, camions, dépôts, dans les chantiers de jeunesse de Vichy, quel- quefois chez des commerçants collaborateurs ou chefs de trafiquants du marché noir.
Les vêtements : stocks des chantiers de la jeunesse des miliciens pris au cours d’expéditions, stocks de l’armée donnés par certains chefs militaires, effets personnels… Vers décembre 43, l’habillement classique du maquisard est : blouson de cuir, pantalon vert en lainage des chantiers de jeunesse, souliers de montagne ferrés, couverture des chantiers de jeunesse.
< Comment on entre au maquis ?
Généralement, c’est un jeune requis pour le STO en Allemagne qui refuse de partir (dit réfractaire) : il est alors recherché, devient « clandestin », et cherche à rejoindre un maquis. Ceci nécessite des précautions de sécurité : il doit prendre contact avec la Résistance par quelqu’un qui se porte garant ; des filières sont organisées, de point de chute en point de chute, avec des signes de re- connaissance (mot de passe, cartes postales, journaux ou objets divers, ou, le plus fréquent, un accompagnateur). Généralement, le candidat reste quelques jours dans un groupe de sécurité où il est sondé, étudié. Il arrive au maquis lui-même, conduit par un agent de liaison, ou un maquisard qui vient le chercher.
< La vie au maquis :
La vie du maquisard est démoralisante : les jeunes vivent isolés, doivent rester discrets, ne pas avoir de contacts avec la population. On s’efforce de l’intéresser à la vie du groupe :
L’entretien du camp et son perfectionnement : ses dispositifs de sécurité, d’accès, de camouflage. Les repas. L’entraînement militaire : gymnastique, théorie des maquis, des armes, des explosifs, démonstrations, mais guère de tirs, bruyants et nécessitant des munitions. Les jeux (cartes, domino, etc..). Les informations : écoute de la radio de Londres si on a un récepteur TSF et l’électricité ; sinon un ou deux maquisards vont la nuit écouter Londres chez des gens sûrs et font ensuite un rapport à leurs camarades. Les lectures : après collecte de livres et revues. Les discussions politiques ou autres. Les conférences, par des conférenciers qui vont d’un maquis à l’autre (exemple : Poujat) ou par des gars du maquis lui-même. L’aide aux paysans dans certains cas, pour des travaux agricoles. L’étude de l’évacuation en cas d’alerte, la prospection de nouveaux camps…
Il était aussi de la plus grande importance que les maquisards paraissent sympathiques à la po- pulation : la propagande vichyste les présentant comme des bandits, il fallait qu’ils paraissent le contraire.
< Il y a différentes sortes de maquis :
1- Maquis pour cacher les réfractaires au STO :
Constitués de 10 à 30 ou 40 hommes (guère plus), ils ne se déplacent guère, font peu d’actions. La consigne est de ne pas être trop visibles, ne pas attirer l’attention, passer inaperçus. Ils prêtent pour- tant leurs concours en cas de besoin aux Corps Francs, et font parfois de petites actions locales.
2- Maquis d’action : les Corps Francs :
Très mobiles, ils ne restent pas longtemps au même endroit. Les lieux sont plus proches des grands centres (par exemple Saint-Maurice). Ils sont puissamment armés, équipés d’autos, de camions, de matériel perfectionné : Premier Corps Francs d’Auvergne, Corps Francs Laurent. Ce sont eux qui font les coups de mains, sabotages, attaques ; ce sont en général des spécialistes.
3- Maquis spéciaux :
Ce sont des petits groupes de spécialistes aux tâches très précises : postes de commandement, de transmission, de centralisation des renseignements, de garde des dépôts d’armes, etc…
4- Hommes cachés dans des fermes avec des faux papiers ; ils sont à la disposition des maquis et de la Résistance qui fait appel à eux quand besoin (1 à 3 hommes maximum au même endroit).
< L’armement :
Quelques maquisards possèdent un armement personnel en arrivant : petits pistolets où revolver don- né par les parents ou des amis (6.35, 7.65, 9mm), vieux fusils Mausers, trophées de la guerre de 14-18 (mais peu de munitions), fusils de chasse (mais encombrants et de portée faible)
Armes fournies par l’organisation :
Fusils de guerre français ; mitraillettes et fusils mitrailleurs français (donnés par l’armée) ; armes prises au cours d’expéditions sur la milice, les gendarmes, les Allemands ; armes parachutées : grenades de 9mm, mitraillettes Sten (peuvent tirer les 3 sortes de munitions : allemandes, françaises, anglaises), revolvers et pistolets anglais ou américains
Les chefs et les corps-francs ont des armes individuelles plus efficaces : mitraillettes Thompson 11,45, carabines américaines, pistolets Colt, Parabellum, Smith & Wesson.
Les maquis des Corps Francs disposent d’un arsenal très complet et très étudié de matériel de sabo- tage (plastic, 808, crayons à retardement, bombes incendiaires, bombes aimantées, etc..). Ils ont de véritables cours de sabotage et d’utilisation de ces engins.
< Utilité et usage des armes :
Avant octobre 43, les maquis ordinaires sont peu ou pas armés, et réclament avec insistance armes et munitions. Ils le sont davantage après les parachutages d’octobre-novembre 43. Mais certains chefs hésitent à armer les maquis ordinaires et les groupes de résistance de peur d’un usage inopportun de ces armes.
En 43, début 44, à part les Corps Francs en opération de sabotage ou autre, le maquisard fait rarement usage de ses armes, qui lui sont cependant très utiles :
Elles donnent un sentiment de sécurité : le maquisard armé se sent plus fort, plus confiant que s’il a les mains nues : il sait qu’il pourra compter sur son arme en cas de péril extrême.
Aux yeux de la population, il impressionne, surtout s’il possède des armes américaines ou anglaises. Les Allemands eux-mêmes prennent des précautions avant d’attaquer un maquis qu’ils savent armé, ce qui donne plus de temps de décrocher.
Elles servent pour l’intimidation des collaborateurs, de la police vichyste, des miliciens, et même des Allemands : en cas de mauvaise rencontre (policiers faisant du zèle) un gros pistolet remplace avan- tageusement une carte d’identité même parfaitement imitée. Et même à l’attaque d’un dépôt, on tire rarement sauf pour faire peur ou en cas de péril.
Dans les mauvaises situations, les maquisards les utilisent pour se dégager, franchir les barrages allemands ou miliciens sur les routes.
Elles sont indispensables en vue de l’instruction militaire
En 44, les armes servent de plus en plus à se dégager en cas de péril. À partir de juin 44 : c’est la guerre totale.
< En conclusion :
Les maquis ont permis à un grand nombre de jeunes appelés au STO de rester en France. Ils ont constitué le noyau des forces FFI. A partir du débarquement, ils ont fixé à l’intérieur d’importantes forces allemandes qui auraient pu aller combattre sur le front du débarquement. Ils ont réalisé d’impor- tantes coupures sur les voies de communication qu’elles utilisaient, attaqué leurs convois en retraite ou en déplacement, d’où la très grande lenteur de ces mouvements. Ils ont libéré eux-même certaines régions.