> Fin décembre 43, les arrestations continuent
Les attaques allemandes et rafles continuent dans la région. En cette période d’hiver glacial, les résistants ne savent plus où passer, où trouver un abri en dur. Vu les dangers encourus, les gens, même favorables, deviennent réticents à les accueillir. Il faut changer d’endroit tout le temps, ils se cachent souvent dans les bois.
< Gaspard(32), chef des maquis d’Auvergne donne des ordres stricts :
Extrait de (2) « Histoire des Corps Francs d’Auvergne » p 114-115
A la veille de Noël, Gaspard lançait l’ordre suivant qui, dans les quarante-huit heures atteignait les cinquante cantons du Puy-de-Dôme.
TRES URGENT INSTRUCTION N°4
A Billom, 100 arrestations dont une quinzaine de camarades.
Un agent de la Gestapo aurait déclaré que celle-ci avait l’intention de nettoyer quinze cantons de la même façon. Étant donné qu’il y a plus de 2 000 indicateurs dans le Puy-de-Dôme (une trentaine au minimum par canton rural) on peut s’attendre à une rafle CATASTROPHIQUE si les ordres ci-des- sous NE SONT PAS STRICTEMENT RESPECTES.
1- Toute action doit être arrêtée immédiatement jusqu’à nouvel ordre.
2- Tous contacts entre militants doivent être EVITES.
3- Les chefs actifs (cantons et communes) NE DOIVENT PLUS COUCHER CHEZ EUX (c’est un ordre), par conséquent DOIVENT PRENDRE LE MAQUIS.
4- Il est souhaitable que les chefs politiques cantonaux changent provisoirement de
DEPARTEMENT (puisqu’ils n’ont pas à participer à l’action).
5- Tous documents ou armes doivent être MIS A L’ABRI.
6- UN NOUVEAU PSEUDONYME sera choisi par chaque responsable.
Les chefs cantonaux porteront la présente à la connaissance des chefs politiques et chefs commu- naux dans un délai de vingt-quatre heures et la détruiront.
Le 23 décembre 1943, Le Chef départemental des M.U.R. COLT
< Arrestation de maquisards du Conroc à Roure*
Les maquisards, partis précipitamment du Conroc le 16 décembre, trouvent refuge à la ferme de la Bonsonne, au sud de Jalatogne de Manglieu. Vers le 20 décembre, toujours privés de contacts avec les chefs et la Résistance locale, ils décident de se séparer en deux groupes : une partie reste à Bonsonne avec Briand (Antoine), l’autre part avec le chef Meygret (Robert).
(32) cf. Annexe 3 : Émile Coulaudon (Gaspard ou Colt)
Le groupe de (Robert) essaie de rejoindre les bois du Livradois et de la Chaise-Dieu. Peu entraînés aux marches forcées, peu soumis à la discipline rigoureuse des groupes clandestins, les hommes s’arrêtent dans une ferme abandonnée à Roure* aux environs de Montboissier de Brousse. Fati- gués, ils se reposent dans la cuisine, auprès d’un bon feu. Or cette ferme venait d’être évacuée par un groupe de maquisards parce qu’elle avait été signalée comme « connue » des Allemands(33). Le soir, les Allemands arrivent et cernent la ferme : les maquisards, une douzaine environ, sont arrêtés. Deux hommes, qui étaient partis chercher du ravitaillement, reviennent. L’un se rend. L’autre, Jean, se défend, et réussit à s’échapper après avoir tué ou blessé un Allemand. La jambe traversée par une balle, il arrive à gagner les fourrés ; il est recueilli par des paysans qui le soignent. Les autres seront acheminés vers les camps de la mort, dont très peu reviendront. Le groupe d’(Antoine) quit- tera La Bonsonne après l’affaire du Brugeron(34) début janvier. (Antoine) sera tué au Mont Mouchet(35) en juin 44.
< Arrestation d’André Paquot à Orbeil
Vers la Noël 43, le Pr André Paquot(36), chef du 2ème bureau de Renseignement du MUR est arrêté à Orbeil, au cours d’une descente allemande chez Abel Gauthier. Un de ses anciens élèves, Mathieu*, était devenu un des chefs de Gestapo. Paquot traversait Orbeil, et par malheur Mathieu était là, qui l’a reconnu, et l’a fait arrêter. Alors le service a été désorganisé pendant un certain temps.
Paquot sera torturé puis déporté. Il mourra tué par un bombardement américain.
> Début janvier 44, retour de la Gestapo dans le secteur
Au début janvier 44, Schmidt et Roth, deux agents de la Gestapo, reprennent leurs investigations afin de vérifier les quelques renseignements qu’ils avaient obtenus à la suite des arrestations mas- sives de ce jour-là.
C’étaient des Allemands, ils étaient deux. Ils parlaient très bien français, ils avaient un peu d’accent, c’est tout. Ce n’étaient pas des soldats, ils étaient en civil. Le 16 décembre, ils y étaient aussi, mais ils étaient avec l’armée, tandis que la 2e fois ils étaient seuls. Ils faisaient une enquête : ils venaient pendant la journée, suivaient toutes les maisons où ils étaient passés auparavant, tous les endroits où ils avaient trouvé des armes. Ils posaient des questions pour savoir qui il y avait, si on était nom- breux, et qu’est-ce qu’on faisait, etc… Ils cherchaient Flandin, ils donnaient sa description, un grand type qui boîte ; ils cherchaient le père Guillon, un type qui avait la voix enrouée. Nous, on repassait par derrière la nuit et on demandait aux gens ce qu’ils avaient demandé pour voir ce que la Gestapo savait. Et les gens nous le disaient.
Ils arrivent à La Baraque de La Beauté, sont repérés par René. Dès leur départ, René enquête et alerte les groupes susceptibles d’être visités. Dans le courant de la nuit, chacun prend ses disposi- tions, faisant disparaître les traces compromettantes, ou prenant les bois malgré les rigueurs de la saison. Le même jour, la Gestapo a fait une descente aux Rouchoux près de Cunlhat. Flandin (Capi- taine Djinn) et André Guillon ont réussi à fuir, et veulent rejoindre Dagout. La nuit, vers 4h du matin, ignorant tout des événements, ils arrivent à La Beauté, essaient de réveiller Raymond Roussel, mais n’y parviennent pas. Flandin, épuisé, incapable d’aller plus loin, attend le réveil de Raymond, et Guillon part pour Dagout. Il nous trouve en train d’évacuer les derniers objets compromettants avant d’aller avertir les équipes de Jarrige au Brugeron. Ce contre-temps imprévu complique la situation.
(33) Note écrite de Noël : Un maquis avait été fondé à Roure dans une ferme isolée (Ponchon) par Roger Lazard, des Ardents. Il a quitté Roure en décembre 43, le lieu ayant été signalé comme connu des Allemands.
(34) cf. page 39
(35) cf. Mont Mouchet, pages 44-46
(36) cf. Annexe 3 : André Paquot (Quinquina)
Parant au plus pressé, René part aussitôt pour La Beauté, et, avec Raymond Roussel, réussit à ré- cupérer Flandin. Il est impossible de lui trouver un abri dans les fermes, fouillées l’une après l’autre par les Allemands, ou déjà occupées par des maquisards particulièrement mobiles, alors que, deve- nu hors d’état de marcher, il ne peut pratiquement plus se déplacer, on doit le porter à dos d’homme. Caché dans un tombereau sous des bottes de paille, ils le mènent vers les bois des Côtes et des Châtelets, par un froid glacial de – 10°. Je les rejoins, et reste auprès de Flandin.
André Guillon, après s’être reposé quelques heures, repart avec René pour Le Brugeron, où ils alertent l’équipe Jarrige (Lamy). L’équipe prend aussitôt ses dispositions pour tendre une embus- cade aux hommes de la Gestapo. Sur le chemin du retour, Guillon et René remarquent la voiture de Schmidt et Roth au moulin de Lavaur. Ils hésitent. Guillon veut abattre les deux Allemands ; mais les abattre à Lavaur, c’est à coup sûr causer de très gros ennuis au meunier Chavarot, qui est un agent de la Résistance. René est d’avis de leur tendre une embuscade plus loin au ravin de la colline du Massacre ; mais c’est aléatoire, il risque d’y avoir des témoins, et les deux résistants sont connus dans la région. Les 2 hommes décident de se rendre à la colline du Massacre… mais trop tard, les hommes de la Gestapo sont déjà passés.
Les Allemands font une rapide enquête à Manglieu, visitant 2 agents à eux, puis ils se rendent chez un 3ème agent TZ au château d’Auger. TZ les conduit par des sentiers à travers bois à la ferme du Brugeron. Une première bagarre a lieu dans la forêt entre Lescure (Le Jeanne) et les 2 Allemands, sans dommage pour aucun des 2 camps. Fonçant vers la ferme, la Gestapo surprend Francine, membre de l’équipe Jarrige, et la fait prisonnière. Jarrige n’a rien entendu ; las d’attendre les Alle- mands sur le chemin de Lavaur, il revient alors vers la ferme. Il est brusquement attaqué par surprise à la mitraillette et à la grenade par les Allemands qui occupent la ferme. Il réussit à décrocher sans mal. Avec l’obscurité qui arrive, profitant de la dispersion des hommes de l’équipe Jarrige, et vu leur incertitude sur le nombre de leurs ennemis, Roth, Schmidt, TZ se replient, les uns au château d’Auger, les autres vers le moulin de La Farge. Ils emmènent Francine prisonnière et un otage pris en passant (Faye Marins de Pourrat) et repartent la nuit pour Billom.
Pendant ce temps, nous, avec Flandin, on était dans les bois, à 3 km de là, mais de l’autre côté, vers Les Châtelets. Guillon et René nous avaient rejoints. On a entendu les coups de feu et les explo- sions, mais on ignorait ce qu’il se passait. Ça pouvait être la réussite de l’embuscade de Jarrige ? ou une forte expédition allemande ? Quand il a vu que ça chauffait comme ça, épuisé, Flandin a voulu redescendre à Billom. On allait à La Beauté, sur le bord de la route, tout d’un coup on entend une voiture. Il y en a un qui dit : « il n’y a qu’à arrêter la voiture, on se fera descendre à Billom ». Un autre dit « laissons donc la voiture tranquille, va savoir qui c’est. Peut-être qu’ils en parleront, qu’ils diront il y a tel ou tel type, et ça peut provoquer des embêtements ». Alors on s’est dissimulés dans une haie, et on a laissé passer la voiture. Heureusement, car c’était la voiture de Schmidt et Roth qui regagnait Billom en emmenant Francine ! Ils ne nous ont pas reconnus, quatre hommes déguisés en paysans ; mais un coup d’œil leur aurait suffi pour voir que l’un d’eux était soutenu par les autres. Francine réussira à s’échapper le lendemain de la gendarmerie de Billom, mais les 2 hommes de la Gestapo pourront regagner Clermont, et commettre encore de nombreuses atrocités avant d’être enfin abattus par les maquisards. Flandin, caché dans une ferme, pourra se soigner et se remettre un peu. Quelques temps plus tard, il reprendra son activité.
< Et Après ?
Après, on est remonté du côté de Brousse, on est resté quelques jours. On redescendait, en faisant bien attention, on ne couchait pas à la maison. Et puis ça s’est tassé, les Allemands ne sont plus revenus. On est retourné à la maison.