De janvier à mai 1944

De janvier à mai 44
< Après les attaques et rafles allemandes, prudence !

Déçus par leur expédition début janvier, ou trop occupés par d’autres affaires, les Allemands ne re- paraissent plus dans le secteur durant l’hiver 1944. Ils se contentent d’envoyer quelques patrouilles sur les routes, ou quelque avion de reconnaissance qui survole les villages à très basse altitude. D’ailleurs les résistants ont redoublé de prudence, et les groupes de maquis, cruellement éprouvés, ont appris que la prudence et la discrétion sont nécessaires dans cette lutte sans merci.

On est resté un peu en sommeil, on avait reçu deux sacrées secousses !

Courant janvier, René et Noël reviennent habiter Dagout. Marinette, enceinte de 8 mois, les rejoint enfin avec Gaby. Le 25 janvier, les contractions de l’accouchement commencent. René part appeler le médecin, Marie fait les préparatifs. Mais le nouveau-né se pointe, le médecin n’est toujours pas ar- rivé… Heureusement, Marie sait ce qu’il faut faire : avec Noël, ils sortent le bébé, coupent le cordon. Mais Marinette fait une hémorragie, il y a urgence ! Le médecin arrive enfin, stoppe l’hémorragie et recoud : il était grand temps.

A ce moment, tu (Annie) étais toute petite, Marinette affaiblie, on ne pouvait pas se déplacer, ce n’était pas le moment que les Allemands reviennent. Alors on est resté tranquille, on se faisait petit. Et aussi il n’y avait plus personne dans le coin. Ceux du Conroc n’y étaient plus, Jarrige était parti du côté de Volvic. Il ne restait plus que l’ancien groupe de Flandin, sans Flandin qui se cachait ailleurs.

< À Dagout
Noël, René et leurs camarades continuent leurs actions clandestines : fabrication de faux-papiers, liaisons, renseignements, diffusion de tracts ou journaux, accueil de résistants de passage, et aussi :

Relance des syndicats

Au printemps 44, on a reformé les syndicats. A ce moment la CGT, c’était l’Union Fédérale des Syn- dicats, le Syndicat des Instituteurs n’était pas autonome. Un délégué de la CGT, Mercier, a nommé un type pour chacun des syndicats : celui des Instituteurs, celui des Postiers, celui des Cheminots, et chacun remontait ensuite son syndicat. Pour le Syndicat des Instituteurs, c’est Grenier, mon an- cien instituteur à Isserteaux, qui a pris l’initiative. Pour faire le premier bulletin, on était 3 sur tout le département, pas besoin d’être 15 ! Il était mal foutu d’ailleurs. Il l’a envoyé par la poste ; parce que on était coquins, on l’a timbré comme si l’envoyeur était l’inspection académique, avec des faux tampons, comme ça, c’était en Franchise Postale. Puis on a envoyé un 2ème au bout de quelque temps, puis un 3ème

Menaces proférées aux collabos(37)

(37) Menaces rédigées par Noël (Daniel), accompagnées d’un rappel de la loi donnée en Annexe 4.

Entretien des dépôts d’armes, qui seront livrées plus tard aux groupes de combat(38)

La vigilance restant primordiale :

• Plusieurs petites alertes sont données, sans suite ; en particulier, en mars 44, la Milice arrive jusqu’à Isserteaux, mais n’arrive pas à Dagout.

• Flandin, toujours en contact, demande de rechercher un point de chute « au cas échéant » :

Chers amis. J’ai reçu votre petit mot qui m’a fait grand plaisir parce qu’il m’apprenait que vous allez bien et d’autre part que le calme régnait dans vos parages. Vous savez que le trio a été dispersé : Bob est en Allemagne… Quant à moi tout se maintient provisoirement. J’aimerais que vous me cherchiez de votre côté un petit coin tranquille pour moi, même une chambre dont je ne sortirais pas, ce qui pourrait m’être nécessaire, le cas échéant. Seconde demande : il me faudrait d’urgence 10 cahiers. Pouvez-vous me les procurer ? Du moins faites passer le plus vite possible à votre cou- sin ou à Pierre tout ce que vous pouvez. Merci d’avance. Comment vont Madame et les héritiers ? Rappelez-moi au bon souvenir de votre maman en attendant que je puisse le faire de vive voix, et croyez à mes sentiments de fidèles amitié.

Jean Fournet.

(38) Note écrite de Noël : Les armes cachées en décembre étaient réparties par petits dépôts aux Côtes, à Pressoiret, à Favy, à la Virade, au bois de Lore, aux Châtelets, à Bouffevent. Elles seront livrées au groupe de Vic le Comte en mai et juillet 44 (armes, pistolets, mitrail- lettes, grenades et munitions) ; au groupe de Billom en août 44 (pistolets, mitraillettes, grenades) ; au groupe d’Isserteaux en Juillet 44 (mitraillettes, fusil mitrailleur).

Extraits d’une lettre de Flandin à René, frère de Noël, que l’on peut dater entre le 30 avril (bom- bardement d’Aulnat), et le le 6 juin 44 (Débarquement), signée d’un autre nom d’emprunt, Jacques.

Mon cher ami . Je suis bien content que les dégâts de l’appartement(39) de votre frère soient minimes et en somme ne le concernent pas. Heureusement que sa femme n’avait pas repris son service. J’ai reçu des nouvelles de ma femme qui est bien malheureuse dans le camp d’Allemagne où elle a été déportée. Cherchez toujours pour moi. Ça a l’air provisoirement moins pressé, mais c’est surtout en cas d’alerte : il me faut un coin proche et tranquille pour attendre les événements. Faites pour le mieux, je vous fais entièrement confiance. Cette fois ci ça devient long…

Remarquez que si j’arrive chez les gens de nuit, en restant enfermé dans une pièce le jour, je devrais passer complètement inaperçu. Il est vrai que ça suppose une pièce inoccupée. Il y aurait moins de Gestapo à Clermont. Courage, on les aura.
Bien amicalement à vous tous, Jacques

< Au Conroc

Après le départ du groupe le 16 décembre 43, des armes y sont parfois stockées provisoirement. En janvier 44, avec Lagier (Mémé), nous transportons les armes et munitions qui étaient dans une cabane entre la Baraque et les Antoines (dépôt qui avait été constitué par Roger Gruin, Fernand Chavarot et (Adémaï), avant leur arrestation à La Baraque). Ce dépôt sera enlevé quelques se- maines plus tard par Lagier.

Le Conroc sert aussi d’endroit où passer la nuit : des petits groupes y séjournent brièvement comme le groupe de Lagier, Gobert, Roussel. On n’y tenait pas tellement, parce qu’on avait toujours peur que les Allemands le sachent. Mais enfin, pour y rester 2-3 jours, quand c’était très calme, ça pouvait se faire.

Lagier se propose d’y créer un important maquis, mais le projet est abandonné car le lieu est connu des Allemands, de nom tout au moins.

< Plus loin…

Gaspard lançait ses équipes spécialisées d’un autre endroit. Le 12 décembre, elles étaient dans la région, à Saint Maurice, puis du côté de Billom, à La Baraque. Après, ils sont passés de l’autre côté, du côté de Volvic, de Pontgibaud. Ils ne se sont pas arrêtés, c’étaient des équipes spécialisées, qui faisaient des sabotages, des coups de main.

(39) Suite au bombardement de l’Aéroport d’Aulnat le 30 avril – cf. Extrait « bombardement Aulnat », page 18.